COP30 : l’industrie des combustibles fossiles tente de contenir la vague
La COP30, qui s’est tenue à Belém, au Brésil, a illustré à nouveau les limites des sommets climatiques : les États pétroliers ont bloqué tout engagement significatif en faveur de la sortie progressive des combustibles fossiles. Plus de 1 600 lobbyistes du secteur des combustibles fossiles ont surpassé en nombre la plupart des délégations nationales, tandis que le gouvernement américain était totalement absent. Malgré tout, dans un élan reflétant le plaidoyer continu de la société civile, les participants ont convenu de créer un mécanisme de transition juste et ont lancé une initiative volontaire pour concevoir une feuille de route d’élimination progressive des combustibles fossiles, qui se déroulera en dehors des processus officiels de la COP. Si la COP30 présente des lacunes, la transition mondiale vers les énergies renouvelables se poursuit. La question est désormais de savoir combien de temps les États pétroliers et les entreprises du secteur des combustibles fossiles pourront la retarder.
Le monde s’éloigne progressivement des combustibles fossiles. Les énergies renouvelables fournissent désormais 30 % de l’électricité mondiale, et les investissements dans les énergies propres ont atteint 2 400 milliards de dollars, soit plus du double de ceux consacrés aux combustibles fossiles. Pourtant, lors de la COP30, le dernier sommet des Nations unies (ONU) sur le climat qui s’est tenu à Belém, au Brésil, en novembre, aucun engagement politique clair n’a été pris pour accélérer l’abandon des combustibles fossiles. Au cours d’une année qui, selon les scientifiques, sera la deuxième ou troisième plus chaude jamais enregistrée, après 2023 et 2024, la COP30 a montré à quel point la coopération internationale sur cette menace urgente pour l’humanité reste fragile.
L’année 2025 est très différente de 1992, date d’adoption de la Convention-cadre des Nations unies sur le changement climatique. Le multilatéralisme s’est considérablement détérioré depuis 2015 et l’adoption quasi unanime de l’Accord de Paris. Certains États poursuivent désormais ouvertement leurs propres intérêts, concluant des accords transactionnels et se retirant des processus internationaux. Pour la première fois, aucun représentant du gouvernement fédéral américain n’était présent, l’administration Trump ayant quitté l’Accord de Paris. Le deuxième plus grand émetteur mondial de gaz à effet de serre et le principal exportateur de combustibles fossiles n’a donc pu être tenu responsable ni soumis à des pressions pour agir dans le cadre de la COP.
Le meilleur point à retenir est que la COP30 a maintenu le principe de la négociation interétatique sur la crise climatique, même si certains États ont négocié avec moins de bonne foi que d’autres. L’accord final, issu de négociations chaotiques et houleuses, était peut-être le meilleur possible dans ces circonstances, mais reste insuffisant. La COP30 a fait de petits pas alors que de grands bonds en avant étaient nécessaires.
Les combustibles fossiles négligés
À certains égards, cette COP a suivi un schéma classique : les discussions ont dépassé le temps imparti et, à un moment, il semblait que la réunion allait se conclure sans accord, avant une résolution précipitée laissant de nombreux États du Sud mécontents. Comme toujours, le principal point d’achoppement reste la cause majeure de la crise climatique : l’extraction et l’utilisation continues des combustibles fossiles. Il a fallu attendre la COP28 aux Émirats arabes unis (EAU) pour que les combustibles fossiles soient mentionnés, avec un engagement vague à « s’en éloigner ». Mais l’année suivante, lors de la COP29, en Azerbaïdjan, ce langage a disparu. Déterminés à ne pas répéter l’erreur de permettre que les combustibles fossiles soient mentionnés, les États pétroliers ont fait pression à Belém.
Lors de la COP30, une initiative menée par le Brésil a finalement permis de lancer un processus volontaire visant à élaborer une feuille de route pour l’élimination progressive des combustibles fossiles, dont les conclusions et les recommandations seront présentées à la COP31. C’est moins que ce que souhaitaient les États les plus exposés aux impacts du changement climatique, mais déjà un résultat difficile à obtenir. Bien que non inscrit à l’ordre du jour officiel, plus de 80 États ont soutenu la feuille de route. Lorsque la représentante des Îles Marshall a plaidé en sa faveur lors d’une conférence de presse, les ministres de 20 pays se sont alignés derrière elle pour manifester leur soutien. La feuille de route a été intégrée dans un projet d’accord, avant d’être retirée dans le projet suivant sous la pression de la Russie, de l’Arabie saoudite et d’autres États arabes, menaçant le retrait d’au moins 29 États si elle n’était pas réintégrée.
L’attention se tourne désormais vers une conférence sur la transition vers l’abandon des combustibles fossiles, qui sera organisée par la Colombie et les Pays-Bas en avril prochain. L’élaboration de la feuille de route se fera hors des processus officiels de la COP, mais sa présentation à la COP31 permettra aux États qui soutiennent l’action climatique de faire pression pour son adoption.
De même, l’Accélérateur mondial de la mise en œuvre, une autre initiative volontaire créée par le sommet, vise à accélérer la mise en œuvre des engagements climatiques. Le texte de la COP30 a reconnu pour la première fois que les hausses de température mondiales sont susceptibles de dépasser 1,5 degré par rapport aux niveaux préindustriels, le plafond fixé par l’Accord de Paris. Mais après de longues discussions tardives, il ne mentionne pas les combustibles fossiles et se réfère au « consensus des Émirats arabes unis », rappelant la reconnaissance implicite de l’usage des combustibles fossiles par la COP28.
Le tabou des combustibles fossiles reflète deux faiblesses persistantes du processus. La première est le rôle prépondérant des lobbyistes des combustibles fossiles : plus de 1 600 étaient présents à Belém, dépassant collectivement en nombre presque toutes les délégations nationales. La seconde est la nécessité de prendre des décisions par consensus. Un seul État peut bloquer une décision, et certains le font fréquemment, comme les grands producteurs de pétrole et de gaz que sont la Russie et l’Arabie saoudite, qui ont usé de cette capacité d’obstruction. Des efforts considérables sont donc déployés pour débattre des subtilités du langage et rechercher des compromis fragiles qu’aucun État ne pourra rejeter.
La même dynamique s’observe pour la déforestation, une question prioritaire pour le Brésil. L’objectif convenu lors de la COP26 accuse du retard, et le texte de la COP30 ne propose aucune mesure concrète pour y remédier. Le Brésil a pu profiter de la COP30 pour lancer une nouvelle initiative, le « Tropical Forest Forever Facility », un mécanisme destiné à financer la préservation des forêts tropicales plutôt que leur exploitation. Mais l’initiative a jusque-là suscité peu de contributions financières et de nombreux acteurs de la société civile la rejettent en raison de son approche marchande, qui ne s’attaque pas aux causes structurelles de la déforestation, ainsi que de son manque de considération pour les peuples autochtones et les communautés locales. Outre ce fonds, la réunion s’est conclue par un accord confiant au Brésil la responsabilité de conduire l’élaboration d’une feuille de route sur la déforestation – un travail qui sera mené en dehors des processus officiels de la COP.
Face à ces blocages persistants, les coalitions volontaires d’États travaillant en marge des processus officiels prennent une importance croissante. Elles offrent un espace de coopération aux États véritablement engagés et permettent à la société civile de jouer un rôle plus actif. Mais elles offrent également une échappatoire commode aux États peu désireux d’agir. La nécessité de créer des coalitions volontaires sur des questions clés illustre l’incapacité des processus de la COP à produire les avancées nécessaires.
Pleins feux sur le Brésil
Bien que le Brésil ait porté plusieurs initiatives décisives, il ne ressort pas du sommet avec une image totalement irréprochable.
Le gouvernement tenait particulièrement à accueillir la COP30 en Amazonie afin de souligner l’importance de protéger la forêt, d’inverser le processus de déforestation et de garantir les droits des peuples autochtones dans le cadre de l’action climatique. Mais, quelques mois avant la COP30, il a donné son aval à une série de licences d’exploration pétrolière et gazière à l’embouchure de l’Amazone. En août, le Congrès – dominé par l’opposition – a adopté une loi réduisant les protections environnementales, dont certaines clauses parmi les plus destructrices ont été partiellement bloquées par un veto du président Luiz Inácio Lula da Silva.
Au cours de la COP30, le Brésil a désigné 10 nouveaux territoires autochtones, dont un en Amazonie, élargissant ainsi les protections culturelles et environnementales. Les peuples autochtones étaient également présents en nombre record et ont pu participer à des activités telles que les discussions dans la zone Amazonie de la réunion. Toutefois, d’autres représentants autochtones ont dénoncé leur absence des discussions officielles et le caractère essentiellement symbolique de leur participation.
Le 12 novembre, plusieurs centaines de personnes ont participé à une manifestation organisée par les populations autochtones contre la poursuite de l’exploitation minière et l’absence de protection des droits humains. Au cours de cette mobilisation, des dizaines de personnes ont fait irruption dans la « zone bleue » du site – l’espace réservé aux négociations officielles – provoquant des heurts avec les forces de sécurité. Par la suite, des organisations de la société civile ont dénoncé le renforcement du dispositif sécuritaire, incluant le déploiement d’agents armés, qui a donné un tour plus militarisé à la réunion, compromettant son accessibilité et refroidissant les possibilités de manifestations pacifiques.
Malgré ces tensions, des dizaines de milliers de personnes ont participé à une marche devant le lieu du sommet le 15 novembre, tandis que d’autres mobilisations similaires se tenaient ailleurs dans le monde. Il s’agissait d’un pas en avant par rapport aux trois précédents sommets de la COP – en Égypte, aux Émirats arabes unis et en Azerbaïdjan –, des pays où l’espace civique est restreint et où de tels rassemblements sont impossibles.
Le président Lula a également usé de son influence pour faire avancer le dossier du financement, un point de discorde majeur dans les négociations récentes. L’écart demeure considérable entre les besoins des pays du Sud pour s’adapter au changement climatique et ce que les pays du Nord acceptent de financer. Profitant du sommet du G20, organisé simultanément en Afrique du Sud, Lula a réussi à persuader les États de l’Union européenne (UE) de renoncer à leur opposition, permettant ainsi à la COP30 de soutenir le triplement du financement dédié à l’adaptation, porté à 120 milliards de dollars par an. Toutefois, le texte se limite à « appeler à des efforts », sans engagement ferme à augmenter le financement, et les objectifs de financement climatique ont historiquement rarement été atteints. Même en cas de réalisation, aucun décaissement significatif n’est prévu avant 2035 – bien loin des 310 milliards de dollars par an décidés lors de la COP29. La COP30 a également très peu progressé sur l’objectif mondial d’adaptation prévu par l’Accord de Paris. L’attitude évasive persistante des pays du Nord en matière de financement ne peut qu’alimenter la défiance des pays du Sud à l’égard du processus.
Quelques avancées, mais des lacunes importantes
Une autre avancée notable a été l’accord sur le lancement du Mécanisme d’action de Belém, un programme de travail consacré à la transition juste que la société civile réclame depuis plusieurs années. Le concept de transition juste reconnaît que le passage à des économies à faibles émissions doit s’accompagner de la protection des droits humains, notamment des droits et des moyens de subsistance des travailleurs. Sans cela, les travailleurs de l’industrie des combustibles fossiles risquent de se retrouver au chômage, tandis que ceux des secteurs liés à la transition – comme l’extraction de minéraux utilisés pour les technologies renouvelables – peuvent être exposés à de graves formes d’exploitation.
L’accord adopté n’a toutefois pas répondu aux attentes de la société civile, en particulier parce que l’industrie minière a été exclue du texte final. Les gouvernements de droite, dont celui de l’Argentine, ont par ailleurs retardé les négociations en contestant les définitions du genre. Malgré ces limites, cette décision constitue une avancée significative : elle intègre les considérations de justice sociale dans les négociations climatiques de l’ONU et reconnaît explicitement l’importance des droits humains. Elle prévoit aussi la création d’une plateforme de coordination pour une transition juste, et la société civile fera pression pour qu’elle soit établie de manière ambitieuse, dotée de ressources adéquates et ouverte à la participation.
D’autres enjeux essentiels ont, en revanche, été largement négligés. La COP30 n’a pris aucune décision concernant l’agriculture, pourtant l’une des principales sources d’émissions. Elle n’a pas pleinement pris en compte la décision historique de la Cour internationale de justice établissant l’obligation pour les États de prévenir les dommages climatiques, malgré les pressions exercées par plusieurs États d’Amérique latine, des Caraïbes et par le Vanuatu, qui avaient saisi la Cour à la suite d’une campagne de la société civile. Et si le sommet a produit quelques déclarations sur la réforme des futurs processus de la COP, rien ne permet de penser qu’elles mèneront à l’exclusion des lobbyistes des énergies fossiles, à des négociations menées de bonne foi ou à la fin du droit de veto des États pétroliers.
La réunion, de toute façon, n’était pas en mesure d’aboutir à des résultats suffisants. Les États l’avaient clairement laissé entendre en amont. En vertu de l’Accord de Paris, tous les États étaient tenus de soumettre avant la COP30 de nouveaux plans de réduction des émissions plus ambitieux, appelés « contributions déterminées au niveau national », mais presque tous ont manqué la date limite de février. À la clôture du sommet, seuls 122 États s’étaient conformés à cette exigence, certains pays clés, comme l’Inde, troisième émetteur mondial, s’y refusant toujours. Si ces plans étaient pleinement mis en œuvre, ils permettraient de réduire les émissions de 10 % d’ici 2035 par rapport aux niveaux de 2019 – une réduction loin d’être suffisante. Selon les estimations, les températures mondiales augmenteraient encore de 2,3 à 2,5 degrés d’ici 2100.
Il incombe désormais au Brésil, en tant que président en exercice, de faire avancer les dossiers maintenant que la réunion est terminée, en particulier en ce qui concerne les nouveaux processus volontaires créés. La société civile continuera à exhorter le gouvernement brésilien à faire progresser les choses et à ne pas se laisser détourner de ces objectifs. Mais en ce qui concerne le prochain sommet, au cours duquel des initiatives comme la feuille de route sur les combustibles fossiles devront être présentées, le processus décisionnel fondé sur le consensus a donné lieu à un autre compromis inhabituel qui ne satisfait personne.
L’Australie et la Turquie étaient toutes deux candidates pour accueillir la COP31. La candidature australienne, présentée comme un partenariat avec les nations insulaires du Pacifique, bénéficiait d’un large soutien. Mais la Turquie a refusé de se désister, empêchant l’adoption d’un consensus. Le compromis trouvé attribue finalement l’accueil de la conférence à la Turquie, tandis que l’Australie en mènera les négociations. Cela prive les îles du Pacifique d’une occasion de mettre en lumière leur situation de première ligne de la crise climatique. Cela suscite aussi l’inquiétude de la société civile quant à sa capacité à se mobiliser et à protester, compte tenu de la répression de l’espace civique en Turquie. Il existe un risque évident de désaccord entre les deux pays, qui n’ont qu’un an pour se préparer.
Voix de la ligne de front
Juliano Bueno et Nicole Figueiredo Oliveira sont respectivement directeur technique et directrice exécutive de l’Institut international Arayara, une organisation brésilienne qui œuvre pour une distribution équitable et durable des ressources.
La COP30 a donné des résultats mitigés. Elle a permis d’importantes avancées, mais n’a pas réussi à traduire pleinement les discours en engagements mesurables à l’échelle nécessaire.
Sur le plan de la justice climatique, la création du Mécanisme d’action de Belém pour une transition juste représente une avancée significative : pour la première fois, l’équité dans la transition climatique dispose d’un espace officiel au sein du système des Nations unies. Cependant, les mécanismes liés aux pertes et aux dommages manquent encore de ressources adéquates et les processus de gouvernance participative n’ont pas été pleinement garantis.
En matière de financement, la COP30 a approuvé l’objectif de tripler le financement destiné à l’adaptation au changement climatique d’ici 2035. La feuille de route de Bakou à Belém a établi la nécessité de mobiliser 1 300 milliards de dollars américains par an d’ici 2035. Cependant, ces engagements ne sont pas contraignants et le délai est jugé tardif compte tenu de l’aggravation des impacts climatiques.
La réduction des émissions a été le point le plus décevant. Bien que 88 pays aient soutenu une feuille de route pour la transition vers l’abandon des combustibles fossiles, le texte final n’en fait pas mention. Il n’y a pas eu d’engagements formels en faveur de l’élimination progressive des combustibles fossiles ou de la réforme des subventions. L’opposition des principaux producteurs de pétrole a empêché tout progrès. Le Brésil a lancé des initiatives parallèles sur les forêts et la transition vers l’abandon des combustibles fossiles qui, bien qu’il ne s’agisse pas de décisions négociées, pourraient influencer les discussions futures.
La COP30 a également mis en évidence une polarisation géopolitique croissante. L’absence des dirigeants de la Chine, de l’Inde et des États-Unis, les trois plus grands émetteurs, a mis en évidence les difficultés politiques. La conférence a été marquée par un incendie qui a interrompu les négociations et par des blocages organisés par des groupes autochtones réclamant une protection renforcée de l’Amazonie.
L’héritage attendu du sommet – des ressources adéquates pour des solutions locales, une protection élargie des territoires et des instruments garantissant que l’Amazonie et ses peuples ne soient pas sacrifiés – n’a été que partiellement réalisé.
Ceci est un extrait édité de notre conversation avec Juliano et Nicole. Lisez l’interview complète (en anglais) ici.
Au-delà de la conférence
Mais en dehors des processus de la COP, toutes les nouvelles ne sont pas négatives. Les énergies renouvelables deviennent plus compétitives et plus largement déployées, les pays asiatiques montrant la voie. La Chine n’a pas comblé le vide de leadership lors de la COP30, se montrant réticente à apparaître comme prenant seule la responsabilité alors que les États-Unis étaient absents et que l’UE était affaiblie par des divisions internes. Pourtant, si elle reste le plus grand émetteur de gaz à effet de serre au monde, elle est également en passe de devenir le premier « électro-État » au monde – l’équivalent post-fossile d’un pétro-État – grâce à des investissements massifs dans les énergies renouvelables, les véhicules électriques et les trains à grande vitesse. Elle tire désormais davantage de revenus de l’exportation de technologies liées aux énergies renouvelables que les États-Unis ne le font grâce à leurs combustibles fossiles.
La Chine continue de brûler d’importantes quantités de charbon, le combustible fossile le plus polluant, mais cette pratique se trouve sur une trajectoire de déclin : à l’échelle mondiale, les énergies renouvelables produisent désormais plus d’électricité que le charbon. Lors de la COP30, la Corée du Sud – quatrième importateur mondial de charbon thermique – a annoncé son intention de fermer progressivement ses centrales à charbon, une décision qui affaiblit l’argument économique utilisé par les pays qui poursuivent son extraction. C’est notamment le cas de l’Australie, deuxième producteur mondial de charbon thermique, où le gouvernement prévoit une baisse de moitié des recettes issues des exportations de charbon et de gaz au cours des cinq prochaines années.
Certains pays, dont le Costa Rica, l’Éthiopie et le Népal, produisent désormais la quasi-totalité de l’électricité qu’ils consomment à partir de sources renouvelables. Le Bhoutan – pionnier de l’indicateur du bonheur national brut – se présente désormais comme le premier pays au monde à avoir atteint la neutralité carbone, ses forêts absorbant davantage de gaz à effet de serre que le pays n’en émet. Et tandis que Trump restait aux États-Unis, prétendant accueillir le dirigeant saoudien Mohammed ben Salmane, de nombreux gouvernements d’États et municipalités américains poursuivent malgré tout des transformations au niveau local.
Le monde a probablement dépassé son pic pétrolier et atteint un point de basculement dans la transition vers les énergies renouvelables. Les investisseurs, sensibilisés en grande partie par l’action de la société civile, commencent à reconnaître que miser sur une poursuite de la demande en combustibles fossiles et le développement de nouveaux sites d’extraction est une stratégie perdante. Mais les compagnies pétrolières et les États pétroliers l’ont compris eux aussi, et s’emploient désormais à retarder la transition autant que possible. Le déni climatique a cédé la place au report, car le report signifie la poursuite des profits.
Ils peuvent ralentir la dynamique, mais non l’inverser. Pourtant, les retards ont des conséquences : plus la transition est tardive, plus les dommages s’accumulent et plus les gaz à effet de serre saturent l’atmosphère. Les émissions diminuent, mais pas assez rapidement. Chaque réduction demeure néanmoins essentielle : limiter le réchauffement, ne serait-ce que d’une fraction de degré, peut avoir un impact déterminant pour des millions de vies.
La société civile continue de faire progresser la transition grâce à des projets concrets, à l’activisme des actionnaires, aux litiges climatiques, au plaidoyer, à l’action directe et aux manifestations de masse – souvent au prix de risques accrus face à une répression étatique et corporative grandissante. La société civile maintiendra tout engagement possible dans le cadre de la COP, car chaque avancée compte, mais la lutte pour la justice climatique se déroule sur de multiples fronts. C’est cette pression cumulée – bien davantage que les compromis issus des sommets – qui déterminera la vitesse du changement.
NOS APPELS À L’ACTION
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Les États devraient s’engager à adopter des mesures plus rapides et plus ambitieuses pour éliminer progressivement l’utilisation des combustibles fossiles.
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Les processus de la COP devraient être réformés de manière à permettre la prise de décision à la majorité plutôt que par consensus, à exclure les lobbyistes des énergies fossiles et à élargir la participation de la société civile.
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La Turquie, en tant qu’hôte de la COP31, devrait s’engager à respecter pleinement l’espace civique nécessaire à l’activisme climatique.
Pour des interviews ou de plus amples informations, veuillez contacter research@civicus.org
Photo de couverture par Anderson Coelho/Reuters via Gallo Images


