La Fierté à l’heure de la régression des droits
Pour un mouvement qui a longtemps mesuré ses avancées à l’obtention de nouveaux droits, la saison de la Fierté 2026 dresse un constat plus sombre. Dans de nombreux pays, une vague de répression fait reculer les acquis du mouvement. Les gouvernements criminalisent les identités et les relations LGBTQI+, des marches qui ont lieu depuis plusieurs années sont désormais interdites et des entreprises qui appuyaient autrefois la Fierté retirent discrètement leur soutien. Dans les pays où cela est encore possible, des foules immenses se sont rassemblées aussi bien pour protester que pour célébrer, renouant ainsi avec les racines de résistance de la Fierté. Pour les personnes qui peuvent se rassembler librement, la résistance implique également le devoir de défiler au nom de celles qui ne le peuvent pas.
Le matin du 28 juin, dernier jour de la semaine de la Fierté d’Istanbul, la police anti-émeute a bouclé la place Taksim avec des barrières métalliques, a restreint le service de métro dans le centre-ville et a interdit tout rassemblement pendant le week-end dans deux quartiers où les personnes LGBTQI+ s’étaient regroupées après la fermeture du parcours initial de la marche. Les participants ont malgré tout continué à défiler, empruntant les rues adjacentes à chaque fois que la police les dispersait. À la fin de la journée, au moins 50 personnes avaient été interpellées par la police, dont la journaliste Müberra Ünsal, placée en garde à vue bien qu’elle se soit identifiée à plusieurs reprises comme journaliste et qu’elle ait présenté une carte de presse valide.
Malgré l’interdiction, les participants défilent
Il s’agissait de la 24ème édition de la Fierté d’Istanbul, et de la 12ème d’affilée que les autorités ont purement et simplement interdite. Mais cette année, les restrictions ont atteint une ampleur inédite. Dans les jours précédant la semaine de la Fierté, l’autorité turque des télécommunications a bloqué l’accès à des dizaines de comptes de réseaux sociaux appartenant à des organisations LGBTQI+ et de défense des droits des femmes.
À la veille du défilé principal, les autorités ont ordonné la fermeture d’un bar gay connu d’Istanbul. Des groupes islamistes avaient mené une campagne contre son propriétaire en l’accusant d’organiser l’escale turque d’une croisière destinée aux voyageurs LGBTQI+. Le navire, transportant 2.000 passagers LGBTQI+, devait accoster le 7 juillet, mais les autorités lui ont refusé l’autorisation. À Izmir, ville située sur la côte égéenne de la Turquie, le bureau du gouverneur a interdit la marche de la Fierté pour des motifs de « moralité publique ». La police a interpellé et infligé des amendes à 36 personnes qui avaient malgré tout défilé.
Être gay n’est pas illégal en Turquie ; l’État ne peut donc pas poursuivre les personnes pour leur identité. En revanche, il leur refuse systématiquement le droit de se rassembler et d’afficher leur identité en public. Depuis 2015, année où les autorités ont interdit pour la première fois une marche qui s’était tenue sans restriction pendant une décennie et attirait jusqu’à 10.000 personnes, le même schéma se répète : les autorités formulent une interdiction en invoquant des raisons d’ordre public ou de sécurité, une marche de défi se déroule malgré tout et une vague d’arrestations s’ensuit.
La Turquie se classe 47ème sur 49 pays européens dans la « Rainbow Map » 2026 de l’ILGA-Europe pour les droits LGBTQI+, devançant seulement l’Azerbaïdjan et la Russie. En avril, 11 dirigeants d’une association turque de défense des droits des personnes LGBTQI+ ont été traduits en justice pour obscénité et atteinte à la protection de la famille. Ils encourent trois ans de prison. Le président nationaliste de droite Recep Tayyip Erdoğan se sert régulièrement des personnes LGBTQI+ comme boucs émissaires et les accuse notamment d’être responsables de la baisse du taux de natalité du pays.
En Turquie comme ailleurs, la vague actuelle de répression est en grande partie une réponse directe aux avancées obtenues par les mouvements LGBTQI+ au cours des dernières décennies. Les lois anti-discrimination, la reconnaissance de l’égalité des droits au mariage et la visibilité publique croissante ont fourni aux opposants une cible claire contre laquelle se mobiliser, et les gouvernements soumis à des pressions économiques ou politiques y ont trouvé un bouc émissaire idéal.
Les propos dénigrants d’Erdoğan s’inscrivent dans un schéma bien implanté. Des dirigeants autoritaires et populistes, confrontés au mécontentement lié à la corruption, à l’inflation et au chômage, redirigent la colère populaire vers une minorité qui peut être attaquée sans aucun coût politique. Les institutions religieuses conservatrices, perdant du terrain sur des questions telles que le divorce ou les droits reproductifs, trouvent dans l’opposition aux droits des personnes LGBTQI+, et en particulier aux droits des personnes trans, une cause mobilisatrice qui leur redonne de la pertinence et leur permet de revendiquer le droit de définir l’ordre moral de la société. Il en résulte une alliance entre le pouvoir politique et le conservatisme religieux qui se renforce mutuellement et se présente comme une défense des enfants, de la famille et de l’identité nationale.
Nulle part où défiler
En Turquie, la lutte consiste à conserver un acquis que l’État veut remettre en cause. Mais dans une partie croissante du monde, il ne reste presque plus d’acquis à défendre. En Ouganda, les événements publics de la Fierté sont tout simplement inimaginables, et toute tentative d’en organiser un est rendue encore plus dangereuse par la loi de 2023 contre l’homosexualité. Cette loi, largement confirmée par la Cour constitutionnelle en 2024, punit l’homosexualité d’une peine d’emprisonnement allant jusqu’à la perpétuité et rend le délit vaguement défini d’« homosexualité aggravée », qui inclut les actes répétés entre personnes du même sexe, passible de la peine de mort. Elle prévoit également jusqu’à vingt années de prison pour ce qu’elle qualifie de « promotion » de l’homosexualité. Cette infraction est formulée de manière si floue qu’elle peut dans les faits viser toute personne défendant les droits des personnes LGBTQI+, y compris le personnel des organisations de défense des droits de l’homme et les personnes apportant un soutien financier.
Depuis l’entrée en vigueur de la loi, les groupes LGBTQI+ sont de plus en plus souvent accusés de « recruter » des enfants pour les initier à l’homosexualité. Le Bureau national des organisations non gouvernementales a dissous des associations qui fournissaient des services de santé, d’aide juridique et d’hébergement aux personnes LGBTQI+, tandis que la police a piégé des personnes LGBTQI+ via des applications de rencontre et les réseaux sociaux, puis les a arbitrairement arrêtées et placées en détention. Des militants ont également été victimes de violences physiques. En janvier 2024, deux agresseurs ont poignardé Steven Kabuye, directeur exécutif de l’association Coloured Voices. L’espace informel que les personnes LGBTQI+ ougandaises s’étaient construit, comprenant des refuges communautaires, des réseaux de soutien et une poignée d’organisations enregistrées, est systématiquement démantelé, poussant ces personnes à la clandestinité ou à l’exil.
L’Irak a suivi la même direction. Un amendement apporté en avril 2024 à la loi nationale contre la prostitution a instauré des peines de 10 à 15 ans de prison pour les relations entre personnes du même sexe, d’un à trois ans pour les interventions médicales de réassignation de genre ou pour le fait d’« imiter les femmes », et un minimum de sept ans pour toute personne qui « promeut » l’homosexualité ou la prostitution. Cet amendement fait suite à des années de violences impunies contre les personnes LGBTQI+, avec un schéma avéré d’enlèvement, de viols, de torture et de meurtres commis par des groupes armés contre des personnes LGBTQI+ sans qu’il ne leur soit demandé de rendre de comptes.
L’effacement linguistique a précédé la répression juridique. En août 2023, la Commission irakienne des communications et des médias a interdit l’utilisation du mot « homosexualité » dans les médias traditionnels et sur les réseaux sociaux, imposant à la place l’expression « déviance sexuelle ». La criminalisation avait déjà commencé. En 2023, les autorités ont poursuivi 14 personnes pour avoir publié des contenus jugés « indécents » ou « immoraux » sur les réseaux sociaux et six d’entre elles ont été condamnées à des peines allant de six mois à deux ans de prison. À Erbil, les autorités ont arrêté deux maquilleuses transgenres, les ont détenues durant cinq jours et les ont soumises à des examens médicaux forcés.
En Indonésie, il n’existe pas de loi interdisant explicitement les relations entre personnes du même sexe, mais un ensemble disparate de lois sur la moralité, dont certaines dispositions du nouveau Code pénal qui est entré en vigueur en janvier 2026, a produit un résultat similaire. La police dispose d’un large pouvoir discrétionnaire pour poursuivre les personnes LGBTQI+ en vertu de règles relatives à la décence et à l’ordre public. En octobre 2025, la police de Surabaya a mené une descente lors d’un rassemblement privé qu’elle a qualifié de « soirée gay », arrêtant 34 personnes qui peuvent être poursuivies en vertu d’infractions liées à la pornographie. Aucune allégation de traite, d’exploitation ou de violence n’a été formulée. Le rassemblement lui-même a été considéré comme une preuve d’infraction.
Les défenseurs des droits décrivent cette pratique comme une forme de contrôle par l’intimidation. Les poursuites restent assez rares pour que la plupart des personnes ne soient jamais inculpées, mais suffisamment fréquentes et couplées à un discours officiel qualifiant la visibilité des personnes LGBTQI+ de « menace non militaire » pour la sécurité nationale – pour décourager les rassemblements publics, le signalement des violences et le recours aux protections juridiques.
La vague de criminalisation en Afrique de l’Ouest
C’est en Afrique de l’Ouest que le recul a été le plus rapide. Au cours des deux dernières années, quatre États y ont criminalisé les relations homosexuelles consenties, présentant ces mesures comme une défense de la souveraineté nationale contre l’influence occidentale.
Le gouvernement militaire du Mali, au pouvoir depuis un coup d’État en 2020, a criminalisé l’homosexualité en décembre 2024. La junte du Burkina Faso lui a emboîté le pas en septembre 2025, imposant des peines d’emprisonnement de deux à cinq ans pour les actes homosexuels et leur « promotion ». Au Niger, le régime militaire a d’abord interdit les relations entre personnes du même sexe dans la Charte de la refondation qu’il a adoptée en mars 2025 pour remplacer la Constitution. Le mois dernier, un nouveau code pénal a fixé des peines de prison de cinq à dix ans pour les relations homosexuelles consenties, de dix à vingt ans pour la participation à un mariage entre personnes du même sexe et jusqu’à vingt ans pour la direction, la gestion ou le financement d’une organisation LGBTQI+. En l’espace de quelques semaines, les médias ont rapporté près de 40 arrestations, la suspension des services de prévention du VIH et des personnes contraintes de se cacher ou de fuir le pays.
La répression ne se limite pas aux régimes dictatoriaux. Bien que le Sénégal soit une démocratie électorale, l’application de dispositions pénales auparavant rarement mises en œuvre s’est renforcée après qu’Ousmane Sonko, jusqu’à récemment Premier ministre, en a fait le thème central de sa campagne électorale pour 2024. En mars, l’Assemblée nationale a doublé la peine maximale pour les « actes contre nature », la portant à 10 ans. Elle a également criminalisé le financement et la « promotion » des relations entre personnes du même sexe, avec des dispositions suffisamment larges pour mettre en cause des avocats, du personnel médical, des responsables de centres d’accueil et des proches apportant un soutien émotionnel. Le mois suivant, un tribunal a prononcé la première condamnation en vertu de ces nouvelles lois, condamnant un homme de 24 ans à six ans de prison. La police aurait arrêté plus de 300 « homosexuels présumés » au cours des premiers mois de l’année, dont un présentateur de télévision connu. Cette hostilité pousse les personnes LGBTQI+ à se cacher et à s’exiler. Les rares structures associatives qui subsistent opèrent en grande partie dans la clandestinité.
La situation se dégrade aussi au Ghana. En mai, le Parlement a adopté le projet de loi sur les droits sexuels humains et les valeurs familiales, qui prévoit jusqu’à trois ans de prison pour toute personne s’identifiant comme lesbienne, gay, bisexuelle, transgenre ou queer, ainsi que des peines de trois à cinq ans pour la « promotion » d’activités LGBTQI+. Il instaurerait également l’obligation de signaler à la police toute violation présumée. Le projet de loi a été adopté lors d’une séance chaotique et peu suivie, ce qui a suscité des demandes de réexamen du texte, même parmi certains de ses partisans, et le président John Mahama ne l’a pas encore signé. Les organisations LGBTQI+ du Ghana sont dans l’incertitude, car si le projet de loi est promulgué, elles auront 90 jours pour se dissoudre. Même sans entrer en vigueur, le débat qu’il a suscité a favorisé une recrudescence des cas de chantage, d’expulsions, de rejet familial, de crises de santé mentale et de discrimination sur le lieu de travail, les personnes concernées ayant de plus en plus peur de solliciter des soins de santé, une aide juridique ou un soutien psychosocial par crainte d’être démasquées.
Cette vague régressive a bénéficié d’un soutien extérieur. La société civile a mis en évidence l’implication croissante de groupes conservateurs basés aux États-Unis, tels que l’American Center for Law and Justice, Family Watch International et la Fellowship Foundation, qui financent des actions de plaidoyer contre les droits et diffusent des modèles de campagne et des documents juridiques à travers l’Afrique. Quelques jours après l’adoption de ce projet de loi régressif, le Parlement ghanéen a accueilli la quatrième Conférence interparlementaire africaine sur les valeurs familiales et la souveraineté, une plateforme dont les liens avec ces groupes sont avérés et dont les éditions précédentes avaient présenté la loi ougandaise contre l’homosexualité comme un modèle pour les autres pays africains.
Un consensus en recul
Ces groupes américains anti-droits ont désormais l’oreille du président. Depuis son retour au pouvoir en janvier 2025, Donald Trump a signé une série de décrets présidentiels supprimant les protections fédérales dont bénéficiaient les personnes LGBTQI+, en ciblant particulièrement les personnes transgenres. L’administration a notamment interdit aux personnes transgenres de servir dans l’armée, a mis fin à la prise en charge des soins d’affirmation de genre par les programmes fédéraux pour les moins de 19 ans et a limité les mentions de genre sur les passeports au sexe attribué à la naissance.
Les organisateurs de la Fierté ont constaté un recul immédiat et parallèle des entreprises, qui cherchent à éviter les risques juridiques et politiques liés à un soutien visible à la communauté LGBTQI+. En 2025, de grands événements de la Fierté, notamment la NYC Pride et la San Francisco Pride, ont connu des difficultés financières. Beaucoup ont réussi à rebondir en recherchant un soutien alternatif au niveau local et auprès de la base du mouvement, mais d’autres n’y sont pas parvenus : la Tampa Pride, par exemple, a annulé son défilé de 2026 en raison du climat économique et politique hostile.
Pendant des années, des militants regroupés sous des bannières telles que la « Reclaim Pride Coalition » à New York ont dénoncé l’utilisation de la Fierté traditionnelle comme un outil commercial aux couleurs de l’arc-en-ciel et ont organisé des marches parallèles délibérément exemptes de tout parrainage du secteur privé. Elles accusaient les entreprises de pratiquer le « pinkwashing », c’est-à-dire de tirer profit de la visibilité des personnes LGBTQI+ sans pour autant contribuer significativement à la concrétisation de leurs droits. Leur revendication principale était que la Fierté revienne à ses racines contestataires.
Aujourd’hui, alors que les entreprises retirent leurs financements par crainte politique, la perte n’est pas seulement financière. Les fonds de parrainage, quelles que soient leurs motivations, servaient également de signe extérieur indiquant qu’un nombre important d’institutions traditionnelles considérait le soutien public aux personnes LGBTQI+ comme normal, sûr et bénéfique pour les affaires. À mesure que ce soutien s’évapore, ce ne sont pas seulement les budgets des événements qui diminuent, mais aussi le consensus social qui a mis des décennies à être construit.
Célébration et défiance
Dans ce contexte de recul, certains des plus grands événements de la Fierté ont pris cette année la forme d’actes de défiance politique. Le 27 juin, des dizaines de milliers de personnes ont participé à la 31ème marche de la Fierté de Budapest, la première depuis que les électeurs ont évincé le gouvernement nationaliste de droite qui l’avait interdite à plusieurs reprises. La marche de 2025, organisée pour défier l’interdiction, a rassemblé entre 100.000 et 350.000 personnes, devenant la plus grande mobilisation antigouvernementale depuis des années.
Cette année, les organisateurs de la Fierté ont reçu le feu vert en mai, quelques semaines après les élections, mais ont considéré cette autorisation comme un point de départ plutôt qu’un aboutissement. En avril, ils avaient remis au nouveau Premier ministre, Péter Magyar, une liste de 14 revendications. En tête de liste figure l’abrogation d’une loi de 2021 qui interdit de montrer ou d’évoquer l’homosexualité et la diversité de genre avec toute personne de moins de 18 ans, sous couvert de la protection des enfants. C’est cette même loi qui avait précédemment servi de fondement à l’interdiction des événements de la Fierté, et la plus haute juridiction de l’Union européenne a jugé qu’elle violait les principes d’égalité et de droits de l’homme. Parmi les autres revendications figurent le rétablissement de la reconnaissance légale du genre pour les personnes transgenres et intersexuées, la fin de la discrimination à l’encontre des couples de même sexe en matière d’adoption et de droit de la famille, et, à terme, la reconnaissance du mariage pour tous.
Magyar s’est dit ouvert à la discussion sur ces questions sans s’engager sur des réformes spécifiques. Les militants LGBTQI+ continuent d’insister sur le fait qu’un discours plus ouvert n’équivaut pas à un changement législatif.
La marche des fiertés LGBT+ de São Paulo, qui s’est tenue le 7 juin, était elle aussi chargée de sens sur le plan politique. Elle s’est déroulée sous le thème « La rue appelle, les urnes confirment », un appel à transformer la visibilité en votes avant les élections législatives brésiliennes d’octobre. Elle marquait la 30ème édition d’un événement dont la participation est passée de quelques milliers de personnes à quatre millions à son apogée. Cette année, les organisateurs ont estimé que plus d’un million de personnes avaient défilé tout au long de la journée le long de l’Avenida Paulista, longue de près de trois kilomètres.
À São Paulo, les parrainages auraient chuté d’environ 60%, une baisse que les organisateurs attribuent à la pression exercée par les mouvements conservateurs. Le soutien de la communauté a largement compensé ce manque. Dans un pays où le mariage entre personnes du même sexe est légal depuis 2013, mais où la violence à l’encontre des personnes LGBTQI+ reste élevée, cette marche était à la fois une célébration et une affirmation claire de droits qui restent encore contestés dans la pratique.
Bangkok a offert la preuve la plus évidente de ce que la reconnaissance juridique peut apporter à une communauté dans sa capacité à se rassembler et à occuper l’espace public. Depuis l’entrée en vigueur en janvier 2025 de la loi thaïlandaise sur l’égalité du mariage – une première en Asie du Sud-Est –, la Bangkok Pride a connu une croissance rapide, passant d’environ 20.000 participants lors de sa relance en 2022 à 100.000 en 2023, 250.000 en 2024 et 350.000 en 2025. Le 31 mai, plus de 500.000 personnes ont défilé derrière un drapeau arc-en-ciel de 500 mètres, et des militants ont déployé une banderole « Road to WorldPride 2030 » pour soutenir la candidature de la ville à l’organisation de cet événement mondial.
La saison de la Fierté se poursuit
La régression se heurte à une résistance. En Afrique, le Botswana montre qu’une autre voie est possible. En mars 2026, après des années de mobilisation de la société civile, le gouvernement a enfin supprimé les dispositions du Code pénal criminalisant les relations entre personnes du même sexe, se conformant ainsi aux décisions de justice de 2019 et 2021 qui les avaient déclarées inconstitutionnelles. En Europe, l’expérience de la Hongrie offre un contrepoint à celle de la Turquie, où les interdictions sont également bien ancrées. Dans ces deux pays, des gouvernements autoritaires ont bloqué la Fierté pendant des années, mais leurs trajectoires ont divergé cette année.
Le mois de la Fierté est terminé, mais la saison de la Fierté se poursuit. La WorldPride se tiendra à Amsterdam fin juillet et début août, 25 ans après que les Pays-Bas sont devenus le premier pays à reconnaître le mariage entre personnes de même sexe. Sa Canal Parade, le 1er août, devrait rassembler un demi-million de personnes sur les canaux de la ville.
Pour de nombreuses personnes LGBTQI+, l’intérêt de ces rassemblements n’a jamais été purement local. Là où l’hostilité rend impensable l’organisation d’un événement de la Fierté, les personnes se tournent vers l’extérieur dans l’espoir qu’une foule défilant librement ailleurs défile aussi en leur nom. Tel est le devoir de cette saison de la Fierté pour les personnes qui sont encore libres de se rassembler : se mobiliser pour elles-mêmes mais aussi pour les nombreuses autres personnes contraintes de cacher qui elles sont.
NOS APPELS À L’ACTION
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Les États doivent abroger les lois criminalisant les identités et les relations LGBTQI+, et garantir le droit de réunion pacifique ainsi que la sécurité des participants à la Fierté.
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La communauté internationale doit demander des comptes aux gouvernements qui instaurent ou rétablissent la criminalisation, et soutenir les personnes et les organisations LGBTQI+ menacées de fermeture ou d’exil.
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La société civile doit maintenir sa solidarité par-delà les frontières, en soutenant ceux qui ne peuvent pas se rassembler dans leur pays tout en défendant les racines contestataires de la Fierté.
Pour des interviews ou de plus amples informations, veuillez contacter research@civicus.org
Photo de couverture par Attila Kisbenedek/AFP


