Quatre ans après avoir mené un coup d’État, le chef militaire guinéen Mamady Doumbouya a conservé le pouvoir lors de l’élection présidentielle du 28 décembre. Cette élection fait suite à un référendum constitutionnel qui a supprimé les restrictions empêchant les membres de la junte de se présenter aux élections, et a prolongé la durée du mandat présidentiel. Les principales figures de l’opposition ont été exclues, contraintes à l’exil ou emprisonnées, tandis que les médias indépendants ont été systématiquement réduits au silence par des fermetures et des suspensions. Le climat de peur créé par les disparitions forcées, la torture et les répressions violentes des manifestations a empêché toute opposition crédible de voir le jour. La communauté internationale n’a pas fait assez pour soutenir la société civile guinéenne.

Le 28 décembre, le chef militaire guinéen Mamady Doumbouya a remporté la victoire lors de la première élection présidentielle organisée dans le pays depuis le coup d’État qu’il a mené en 2021. Les résultats provisoires lui ont attribué environ 87% des voix. Ce scrutin a marqué l’aboutissement d’un processus étroitement contrôlé, au cours duquel la junte a systématiquement écarté les candidats de l’opposition, réduit au silence les voix critiques et manipulé la Constitution afin de permettre le maintien au pouvoir de Doumbouya.

Les principales figures de l’opposition, notamment l’ancien Premier ministre Lansana Kouyaté et l’ancien ministre Ousmane Kaba, ont été exclues de la course pour des raisons techniques, tandis qu’un autre ancien Premier ministre, Cellou Dalein Diallo, ainsi que le président renversé par Doumbouya en 2021, Alpha Condé, restent en exil. Des responsables de la société civile et des journalistes susceptibles de surveiller le processus ont été intimidés, détenus, enlevés ou contraints de se cacher.

Dans des conditions qui ne leur laissaient aucune chance, les principaux groupes d’opposition ont appelé au boycott, si bien qu’aucun adversaire de taille ne figurait parmi les huit candidats qui se sont présentés contre Doumbouya. Selon des sources de la société civile, le taux de participation a été faible, bien que les données officielles l’évaluent à plus de 80%.

Les résultats ayant été rapidement confirmés par la Cour suprême, Doumbouya est ainsi parvenu à transformer quatre années de régime militaire en autoritarisme électoral.

La voie vers l’autocratie électorale

Doumbouya a méthodiquement préparé le terrain pour cette issue. En avril 2025, il a annoncé la tenue d’un référendum constitutionnel prévu pour le 21 septembre. En juin, il a encore centralisé le contrôle en créant une nouvelle Direction générale des élections placée sous l’autorité du ministre chargé de l’administration territoriale, rompant ainsi avec les initiatives précédentes visant à mettre en place une institution électorale indépendante.

Le processus constitutionnel a été conçu pour consolider son pouvoir. L’organe législatif par intérim de la junte, le Conseil national de transition, a rédigé la nouvelle Constitution dans le cadre d’un processus opaque. Invoquant son manque de légitimité, les principaux groupes d’opposition ont refusé de participer aux consultations. Alors que les premières versions du projet contenaient des dispositions interdisant la présidence à vie et limitant les révisions constitutionnelles, celles-ci ont été supprimées avant la présentation du texte final aux électeurs.

Le référendum a entériné la nouvelle Constitution avec un taux de soutien de 89% et un taux de participation de 86%, des chiffres contestés par les groupes d’opposition qui ont boycotté le vote. Il a supprimé l’interdiction faite aux membres de la junte de se présenter aux élections, prolongé la durée du mandat présidentiel de cinq à sept ans, renouvelable deux fois, et créé un Sénat dont un tiers des membres sont nommés par le président.

Un climat de peur

La consolidation du pouvoir de la junte s’est appuyée sur les restrictions de l’espace civique imposées depuis le coup d’État. En mai 2022, les autorités ont décrété une interdiction générale des manifestations et des rassemblements politiques, invoquant des raisons de sécurité et affirmant que les manifestations empêcheraient la mise en œuvre du calendrier de transition. Les forces de sécurité ont eu recours à la violence pour réprimer les manifestations, notamment celles dénonçant l’incapacité de la junte à engager une transition démocratique, ainsi que celles liées aux problèmes de logement et aux coupures d’électricité.

Lorsque la junte n’a pas respecté l’échéance de décembre 2024 pour la transition démocratique convenue avec la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), la coalition d’opposition Forces Vives de Guinée a appelé à des manifestations qui ont été violemment réprimées par les forces de sécurité. Selon la coalition, au moins trois personnes ont été tuées, dont deux enfants, lorsque les forces de sécurité ont tiré à balles réelles sur les manifestants le 6 janvier 2025.

En octobre 2024, le gouvernement a dissous plus de 50 partis politiques et annoncé l’ouverture d’enquêtes visant plusieurs dizaines d’autres. En mars 2025, il a suspendu pour trois mois deux grands partis politiques, le Rassemblement du peuple de Guinée (RPG) et l’Union des forces républicaines, et dissous 27 autres groupes. Le mois suivant, un tribunal a condamné le leader de l’opposition Aliou Bah à cinq ans de prison pour avoir prétendument insulté Doumbouya.

En août 2025, un mois avant le référendum constitutionnel, les autorités ont de nouveau suspendu pour trois mois trois grands partis d’opposition, dont le RPG et l’Union des forces démocratiques de Guinée. Le 29 août, la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples a exhorté les autorités guinéennes à lever les restrictions imposées à l’espace civique et à respecter les droits garantis par la Charte africaine, un appel que la junte a ignoré.

Les autorités ont eu recours à la violence contre des militants, des journalistes et des figures de l’opposition. Les enlèvements et les actes de torture se sont intensifiés à l’approche du référendum, puis à nouveau avant l’élection présidentielle. Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a souligné l’objectif de ces méthodes : intimider l’opposition, perturber la campagne électorale et dissuader les électeurs de se mobiliser. Parmi les nombreuses victimes figurait Mohamed Traoré, ancien président du Barreau de Guinée, enlevé par des hommes armés en juin puis retrouvé quelques heures plus tard avec des traces évidentes de torture. Malgré la promesse du procureur général d’ouvrir une enquête, aucune information n’a été rendue publique sur l’avancement des dossiers de disparitions forcées.

Au moment de l’élection présidentielle, il n’y avait pratiquement plus aucun média indépendant en activité en Guinée. Le pays a chuté de 25 places dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2025, la plus forte baisse de l’année, pour se classer 103e sur 180. La plupart des médias indépendants ont été fermés en 2024 à la suite de retraits de licence. La suspension pour une durée indéterminée du journal la Dépêche Guinée en janvier 2025 pour avoir publié un article d’opinion que les autorités ont qualifié d’incitation à l’insurrection, après des suspensions précédentes en 2023 et 2024, a fait disparaître l’une des dernières voix critiques.

Ce climat de peur omniprésent a conduit les quelques journalistes encore en activité à pratiquer une autocensure stricte pour éviter de devenir la prochaine cible. Lorsque les électeurs se sont rendus aux urnes, personne n’était là pour proposer des points de vue divers, examiner le processus électoral, enquêter sur les irrégularités ou demander des comptes aux autorités.

Démocratie bafouée

Doumbouya a d’abord bénéficié d’une certaine popularité en raison de la frustration généralisée du public à l’égard de Condé, qui avait modifié la Constitution de manière controversée pour s’assurer un troisième mandat, dans un contexte de violentes manifestations et d’allégations de corruption et de fraude. De nombreux Guinéens espéraient que le coup d’État permettrait de remédier à l’autoritarisme, à la corruption et à la mauvaise gestion économique. La junte de Doumbouya avait promis un retour au pouvoir civil et libéré des prisonniers politiques, ce qui avait encore renforcé le soutien initial de la population. Cependant, une fois au pouvoir, les actions de Doumbouya ont reflété celles de Condé puisqu’il a modifié la Constitution pour permettre la prolongation de son mandat tout en éliminant l’opposition.

La Guinée s’inscrit dans une tendance plus large. Depuis 2020, le Burkina Faso, le Tchad, le Gabon, la Guinée-Bissau, Madagascar, le Mali, le Niger et le Soudan ont également connu des prises de pouvoir militaires. Dans tous ces pays, les promesses de rétablir un régime civil ont été rompues et les dirigeants militaires ont au contraire consolidé leur pouvoir par la manipulation constitutionnelle et la répression de la dissidence.

La Guinée est le troisième pays à être passé d’une dictature militaire à une autocratie électorale. Le Tchad a été le premier, avec l’élection présidentielle de mai 2024 remportée par Mahamat Idriss Déby, qui avait pris le pouvoir par un coup d’État après la mort de son père, tué par des rebelles en 2021. La campagne a été entachée de violences, notamment avec l’assassinat du leader de l’opposition Yaya Dillo quelques jours avant que Déby n’annonce sa candidature. Le Gabon a suivi en 2025 : le général Brice Oligui Nguema, qui avait renversé le dictateur Ali Bongo en août 2023, a remporté l’élection présidentielle d’avril avec plus de 90% des voix. Dans les deux cas, les élections législatives qui ont suivi ont encore concentré le pouvoir entre les mains du président.

Après avoir négocié l’accord de transition d’octobre 2022, que Doumbouya a par la suite ignoré, la CEDEAO s’est révélée incapable de faire pression sur la Guinée pour un retour à un régime civil. Les sanctions et les délais fixés par l’organisation ont été systématiquement bafoués sans conséquence. L’Union africaine et la communauté internationale dans son ensemble se sont montrées tout aussi inefficaces, se contentant d’exprimer leur inquiétude de manière rhétorique tout en maintenant des relations diplomatiques et économiques normales avec la junte. Les avertissements de l’ONU concernant le manque de crédibilité des élections n’ont été suivis d’aucune conséquence tangible.

Les perspectives de démocratie en Guinée sont désormais lointaines. Doumbouya s’est assuré un mandat de sept ans à l’issue d’une élection qui a démantelé les infrastructures essentielles à la démocratie. En l’absence d’une pression internationale plus forte et d’un soutien concret à la société civile guinéenne, la Guinée s’oriente vers un autoritarisme prolongé dissimulé derrière une façade démocratique, avec des perspectives particulièrement sombres en matière de droits humains.

NOS APPELS À L’ACTION

  • Les autorités guinéennes doivent immédiatement enquêter sur les disparitions forcées et les actes de torture, et poursuivre les responsables.
  • Les autorités guinéennes doivent libérer tous les prisonniers politiques, lever les suspensions frappant les médias et les partis politiques, et mettre fin à l’interdiction générale des manifestations.
  • La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, l’Union africaine et la communauté internationale dans son ensemble doivent demander des comptes aux autorités pour les violations des droits humains, notamment en imposant des sanctions ciblées à l’encontre des responsables de la répression.

Pour toute interview ou information complémentaire, veuillez contacter research@civicus.org

Photo de couverture par Luc Gnago/Reuters via Gallo Images